Vers une école écologique, sociale, solidaire, émancipatrice

Publié dans Système éducatif

Préambule

Les crises climatiques, économiques et sanitaires que nous vivons et qui se succèdent avec de plus en plus d’ampleur nous rappellent combien il est nécessaire de repenser notre monde.

Ecologues, anthropologues, médecins, sociologues, économistes,… soucieux des biens communs : tous et toutes alertent quant à un changement de paradigme à opérer si nous ne voulons pas vivre un changement brutal du monde dans lequel nous vivons.

Cette pandémie due au Covid 19 pourrait être l’une des étincelles embrasant notre monde actuel globalisé, se répandant sur les sphères économiques, financières, sociales, politiques, climatiques et sanitaires. Un autre monde pourra émerger mais notre peur tétanisante de nous engager dans un chantier d’une telle ampleur freine nos initiatives et l’urgence avec laquelle nous devons, toutes et tous répondre .

Pour autant il est urgent de :

  • sortir de ce monde néolibéral dépendant des énergies fossiles, qui détruit le vivant par sa négligence de la biodiversité et qui prive Femmes et Hommes de leurs biens communs.

Pour Marie-Monique Robin dans son livre « La fabrique des pandémies » en 2021, « le constat est sans appel : la destruction des écosystèmes par la déforestation, l’urbanisation, l’agriculture industrielle et la globalisation économique menace directement la santé planétaire. » Selon l’autrice, appuyée dans son investigation et l’écriture d’encadrés pédagogiques par le scientifique Serge Morand, écologue de la santé au Cirad et au CNRS, cette destruction est à l’origine de la multiplication de maladies émergentes «zoonotiques», c’est-à-dire transmises par des animaux aux humains – « d’Ébola à la covid-19. »

  • sortir de cette violence néolibérale asservissant population humaine et espèces animales qui détruit les espaces de liberté et de créativité.

La tendance des états est d’augmenter leur capacité à contrôler les libertés individuelles dans des logiques autoritaires. Pour Loic Waquant dans « La tornade sécuritaire mondiale : néolibéralisme et châtiment à l’aube du xxie siècle » en 2010, « le virage punitif de la politique publique, qui concerne à la fois la protection sociale et la justice pénale, participe d’un projet politique qui répond à la montée de l’insécurité sociale et à ses effets déstabilisateurs dans les échelons inférieurs de l’ordre social et spatial. Ce projet implique la refonte et le redéploiement de l’État pour soutenir les mécanismes de type marchand et discipliner le nouveau prolétariat postindustriel tout en contenant les perturbations internes générées par la fragmentation du salariat, la rétraction des systèmes de protection sociale, et la réorganisation corrélative de la hiérarchie ethnique établie (ethnoraciale aux États-Unis, ethnonationale en Europe occidentale, et un mélange des deux en Amérique latine – Wacquant, 2010). »

À une crise de cet ordre, l’expression de notre résilience, de nos résistances doit s’exprimer plus que jamais pour réinventer ce monde en encourageant « le partage, la coopération, l’autonomie créatrice et l’imagination de tous les acteurs et actrices locaux-ales. »

Agnès Sinaï, Raphaël Stevens, Hugo Carton, Pablo Servigne

« Petit traité de résilience locale » Éditions Charles Léopold Mayer, 2015

La ligne politique, pouvant s’inspirer de la théorie du communalisme ou municipalisme libertaire de Murray Bookchin, est donc claire : conscientisation écologique et réinvention des systèmes d’organisation de vie commune respectueuses des territoires, et soucieuse de réduire les inégalités.

Ainsi l’école doit être le lieu pour éduquer les futur.e.s batisseur.se.s oeuvrier.e.s de ce nouveau monde. Nous sommes dans une école qui n’amène plus l’élève à comprendre le monde, ni lui permet d’interagir dans un environnement quel qu’il soit avec lucidité et sens critique. Un lieu pensé selon la productivité, sans interroger les impacts écologiques et sociaux. Il est évident que nous nous situons à l’interstice d’une double nécessité : lutter au quotidien pour que l’emprise des injonctions idéologiques néolibérales déstabilisent le moins possible les temps et les lieux qui garantissent un semblant d’équité dans notre société et imaginer ce qui pourrait la rendre plus équitable et cohérente avec notre écosystème. 

A.Gorz invitait dans les années 1960 à « distinguer les réformes subalternes des réformes révolutionnaires. Les premières, disait-il partent de l’urgence de remédier aux dysfonctionnements de la socièté existante, les secondes de l’urgence de dépasser la socièté existante vers la société qui est en gestation et qui donne aux actions leur sens et leur but ultime. La tâche de la politique était , selon lui, de définir des objectifs stratégiques intermédiaires, dont la poursuite répond aux urgences du présent tout en préfigurant la société qui demande à naître. » A. Gorz: « Penser l’avenir » . Entretien avec François Nouldelmann. La découverte. 2019 Quand bien même l’immédiateté de nos contraintes quotidiennes ne sauraient permettre une mise en perspective de nos besoins futurs, nous nous devons de transmettre à nos élèves les outils pour bâtir en commun ce changement de paradigme vital pour notre civilisation.

Nous sommes dans une école qui n’amène plus l’élève à comprendre le monde, ni lui permet d’interagir dans un environnement quel qu’il soit avec lucidité et sens critique. Un lieu pensé selon la productivité, sans interroger les impacts écologiques et sociaux.

Que notre modèle d’éducation passe d’une formation où les élèves s’orientent pour produire de la valeur à des élèves qui créent de la richesse

De 3 ans à 18 ans, élaborons un programme centré sur l’autonomie :

  • écologique basée sur les principes permaculturels
  • sociale et solidaire mettant en jeu réseaux et collaborations entre établissements, associations, collectivités locales, recherches universitaires, parents…
  • émancipatrice prenant en compte la singularité de chacun.e au travers des pédagogies coopératives et critiques et le cheminement émotionnel des élèves par le biais des programmes de développement affectifs et sociaux.

Une école d’« oeuvrier.e.s

Dans cette perspective , l’idée de nommer l’élève par « oeuvrier.e » semble être légitime pour engager la dimension créative des chenilles oeuvrières nécessaires à la construction d’une école plus en phase avec l’urgence de la rénover.
La notion d’oeuvrier de Roland Gori et Bernard Lubat pourrait se définir ainsi : « Oeuvriers, il y a dans ce mot, énigmatique, aux multiples sens, une intuition, l’intuition d’une urgence et de la nécessité de révolutionner la relation au travail, à la vie. Il faut en finir avec le « travail en miettes » qui transforme chacun de nos métiers en chaîne de production standardisée, fabriquant des objets et des services sans saveurs ni originalité, et un monde glacial et désenchanté. L’oeuvre n’est pas incompatible avec le travail, le travail bien fait dans l’amitié et le goût. On peut gagner sa vie mais aussi la partager avec les autres en produisant des objets et des services de qualité. Il faut pour cela restituer aux conditions sociales des métiers leurs dimensions artisanales et artistiques, faire oeuvre. C’est une urgence. Urgence démocratique autant que subjective. Ce sont des oeuvrier.e.s qui vous le disent, artiste, journaliste et chercheur.e.
Oeuvrier.e.s, manifestez-vous ! !

OBJECTIF : Une école développant l’autonomie

L’autonomie indique une capacité d’autolimitation. Elle se définit comme la compréhension et la maîtrise par chaque individu de ses actes, la possibilité d’en voir le bout, s’interroger par exemple sur la destination et la nécessité de ce que je produis au travail, l’origine et les conditions de production de ce que je consomme.

A. Gorz : Pour une pensée de l’écosocialisme

L’école envisage pour chaque oeuvrièr.e de s’émanciper grâce à l’acquisition de connaissances outillées et conscientisées pour que chaque production ou création de richesses futures soit indissociable d’une prise en compte de ses interactions avec l’environnement vivant dans lequel il/elle veut s’engager.

Son autonomie à créer et à s’adapter aux réseaux collectifs se confortera dans sa capacité à délimiter ses actions pour le bien commun.

MOYENS : Piliers structurels

Projet de ZAD/ZAV : Zone à Débitumiser / Zone à Végétaliser

Certaines municipalités européennes ont déjà lancé cette perspective de revégétaliser les établissements scolaires. À Paris, un plan de financement de 320 000 euros par école est engagé pour que les cours d’école soient de possibles zones de biodiversité. De nombreux projets en France s’orientent notamment par le biais des E3D pour débitumiser les cours d’école et les rendre ainsi en lieux d’expérimentation de plantations d’arbres, de potagers, de petites fermes (poulaillers…)

La France compte actuellement 61 900 ecoles et établissements dans le second degré.

Après la 2nde guerre mondiale, l’Etat français avait investi massivement dans des plans quinquenaux visant à développer les infrastructures sportives et culturelles. Il en serait de même pour ce projet ZAD.

Un budget de 19 milliards serait à envisager.

Voir les liens en fin de page.

Dotation des établissements et organisation des enseignements

Principes communs :

  • Classes inférieures à 22 élèves. Une augmentation de 30% des DGH est nécessaire pour favoriser les apprentissages et regroupement des classes
  • Co-interventions, transdisciplinarité programmatique et interdisciplinarité…
  • Missions des professeur.e.s à définir selon un axe disciplinaire et un autre interdisciplinaire commun à chacun.e.
  • Nombre de disciplines travaillées par jour réduites avec des temps de vie et de travail libre pour les élèves

Principes d’autonomie locale (communalisme scolaire)

  • Organisation et modularité des classes (double niveau pour faciliter le tutorat à étudier, groupe classe mélangé sur certains temps d’apprentissage, groupe selon des enseignements professionnels ou techniques et généraux…)
  • Choix des modes de pédagogie à orienter selon les structures et personnels
  • Choix des projets et réseaux d’échanges avec des partenaires.

Formation des personnels

  • Formation d’éducation populaire pour un diagnostic des besoins des personnels au travers d’une enquête de conscientisation
  • Formation pour tous les personnels d’une semaine de culture permaculturelle réalisée par des acteurs/trices locaux, des éducateurs/trices permaculturels
  • Formation d’une semaine pour tous les personnels sur des contenus écologisés et des méthodes pédagogiques nouvelles ou radicales et sur du co-enseignement (interdisciplinarité).

Statut des enseignant.e.s

Les personnels restent sur leur quota horaire mais leur enseignement disciplinaire est partagé :

  • 60% disciplinaire
  • 30 % permaculture et outillage
  • 10 % coopération et conseil de vie de classe ou d’établissement

COMMENT : Ecologisation des contenus

Support possible : écopédagogie critique d’orientation permaculturelle

Il devra s’agir d’une réflexion écologique insistant sur la complexité des phénomènes, leur interconnexion, et leur lien étroit avec les mécanismes de domination. En s’inspirant des travaux d’Irène Pereira, une écopédagogie critique a vocation à être envisagée de manière intersectionnelle. Elle n’aura de sens que si elle est décoloniale et questionne l’origine du désastre écologique actuel à l’aune de la colonialité, des principes d’une modernité dont l’évènement fondateur est la colonisation du continent américain et d’un rapport de domination Nord-Sud. L’écopédagogie sera également féministe, pensant le saccage de l’environnement dans son aspect masculiniste, viriliste, et sans verser dans l’essentialisme. Elle doit aussi nécessairement questionner le capitalisme et être anti-classiste, puisque si la Terre est massacrée de manière industrielle, dans le but de produire et accumuler toujours plus, elle l’est au seul profit des 1% les plus riches, etc….

« La permaculture n’étant pas limitée à la conception de systèmes agricoles, et n’étant pas non plus dans ce domaine défini par un lot de techniques agricoles qui lui seraient propres, elle doit être comprise avant tout comme un mode de réflexion interrogeant la relation des êtres humains avec leur planète (et ses occupants) afin de trouver de façon concrète, jusque dans leurs pratiques quotidiennes, comment rendre cohérente leur vie sur terre au regard des enjeux globaux du milieu dans lequel ils vivent. » Richard Wallner.

Ainsi l’orientation des contenus diffusés à l’école n’aura pour vertu que celle d’amener les oeuvrier.e.s à une conscientisation des enjeux de sauvegarde de la biocénose, en développant un esprit critique sur notre mode de consommation, d’échange, d’interdépendance et en favorisant des outils de résilience :

  • Connaissance des êtres vivants et conséquences de l’impact humain dans l’écosystème
  • Connaissance des sciences et techniques diminuant l’empreinte carbone de nos modes de vie
  • Philosophie de l’entraide et histoire critique de l’évolution humaine
  • Jeux et créations artistiques
  • Création et Construction d’outils techniques écologiques
  • Culture et résilience alimentaire, vers l’autosuffisance locale et collective. Consulter ce site.

3 Axiomes programmatiques

Connaissances

OBSERVER , COMPRENDRE , CONSCIENTISER, CREER

60% du temps scolaire

Matrices interdiscilplinaires s’inspirant de la théorie de la complexité :

Sciences des humanités et des territoires (rendre visible ce qui était invisible : histoire des luttes…)

  • Français
  • Histoire, géographie, éducation à la morale écologique
  • Economie écologique (Nicholas Georgescu-Roegen La décroissance Entropie – Écologie – Économie en 1995)
  • Sociologie, socio éthique, Philosophie
  • Eco (socio)linguistique : consulter ce site

Sciences du vivant

  • Biophysique, Biochimie, éthologie, mathématiques, ethnomathématiques : Consulter ce site Les Cahiers de pédagogies radicales. Développer les pédagogies inspirées par l’oeuvre de Paulo Freire. L’ethnomathématique, un outil de lutte contre les épistémicides – mathématiques radicales : consulter ce site. – botanique…

Sciences des arts et de la culture corporelle

Arts et performances (Arts plastiques, musique, théâtre, danse, cirque…)

  • EPEC : Education Physique Ecologique Coopérative (Jeux coopératifs et/ou d’opposition en interdépendance positive, activités de pleine nature, parcours de motricité. Utilisation moindre de matériels pour diminuer notre empreinte carbone…)

Pratiques permaculturelles

CULTIVER, FAIRE

30% du temps scolaire

Matrices interdiscilplinaires :

« Rhysommer »

S’ENTRAIDER, COOPERER , ÉCHANGER (communalisme scolaire)

10% du temps scolaire

Vie commune :

  • Conseil hebdommadaire du climat scolaire
  • Entretien participatif des acteurs et actrices des lieux
  • Conseil de gestion tournant (administratif, logistique …)
  • Échange de bonnes pratiques inter-établissements, liens recherche et associations…
  • École ouverte aux parents

Pierre Prim, Professeur d’Eps à Béziers. Formateur 

Exemple d’emploi du temps à l’école primaire

Les objectifs pédagogiques se centrent sur un travail transdisciplinaire dans l’école en élaborant des thématiques par niveau et par année visant à ce que les élèves conscientisent les atouts d’une biocénose respectée et protégée.
L’entraide des élèves mise en place dans ce projet d’école inter-niveaux, les contenus et séquences d’apprentissage orientés dans les disciplines viseront à ce que chacun.e développent une autonomie et une prise de conscience des inégalités pour agir et échanger lucidement .

Ex : pour un CE2 Thème sur l’année ou un trimestre Plantes médicinales: plantes d’ici et d’ailleurs.

Un autre emploi du temps : au collège

Notes

Des élèves, des établissements scolaires engagés dans des actions de développement durable :

De nombreux projets en France s’orientent notamment par le biais des E3D pour débitumiser les cours d’école et les rendre ainsi en lieux d’expérimentation de plantations d’arbres, de potagers, de petites fermes (poulaillers…)
Un appel d’enseignant.e.s s’en fait l’écho : Appel pour la débitumisation et la revégétalisation des cours d’école.

En exemple également :
Un article sur Reporterre relate le projet de l’école de l’île à Rennes

Un article du site de La lettre du cadre.fr

Un article du journal Le Parisien en 2018 : « Paris veut débitumer les cours d’école ». Objectif : créer des îlots de fraîcheur pendant les périodes de chaleur.

Des actions institutionnelles plus globales comme le guide du participant au livre blanc de la jeunesse pour la biodiversité.

Olivier de Serres, une école écologique à Paris
Architectre, organisation de l’espace : une éco-école à Paris.

Dans Télérama, en 2019 : A Poissy, ils ont 12 ans et sont lobbyistes écolo !

Au Collège Gérard Philippe à Massy (Atelier / club / E3D) : Les élèves du club Développement Durable lors de leurs différentes actions en partenariat avec l’ensemble des personnels de l’établissement ont permis l’obtention pour l’établissement de 2 labels récompensant leur investissement en faveur du développement durable

Etc.

Quelques liens à consulter :

APPEL DES ENSEIGNANT.E.S POUR LA PLANETE

Le Collectif Se fédérer

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