Equidignité

Domination-oppression

pouvoir sur, autorité

apprentissages au passage…. apprentis-sages…

Publié dans Société éducatrice

Le concept d’égalité des chances…

Il semble que la notion d’égalité soit un concept qui résonne comme une évidence dans une société en bonne santé. Depuis la Déclaration des Droits Humains, elle est agitée comme une nécessité. Celle-ci est affichée au fronton de chaque commune en France, ‘liberté, égalité, fraternité’. L’école n’échappe pas à cette évidence et le discours dominant nous berce dans l’idée que l’école serait le lieu de l’égalité des chances. École qui jusqu’à présent, fonctionne pourtant autour du principe de compétition par le biais des notes et autres valeurs accordées ou non à un travail réalisé.

De nombreuses personnes aujourd’hui encore sont assurées que l’école est réellement le lieu de l’égalité des chances. D’autres en revanche sont, si ce n’est sceptiques, totalement convaincues qu’il n’en est rien.

Le concept d’équidignité

Le concept d’équidignité, s’il ne parle pas de l’égalité d’accès à la connaissance et de l’immense gouffre qui existe entre les classes populaires et les classes aisées à ce sujet, parle de l’égalité en droit à la dignité. Mais cela a un lien direct avec le gouffre de l’inégalité des chances créé par de nombreux paramètres dans la société.

Les apprentissages, que ce soit à l’école ou tout au long de la vie, se développent à partir de piliers fondamentaux que sont par exemple la qualité de la relation à la personne qui transmet, la confiance en soi, la motivation intrinsèque (à différencier de la motivation extrinsèque créée par les systèmes de punition/récompense), l’expérimentation, le sens, etc…

La relation existe de fait entre la personne désireuse d’apprendre et la personne en capacité de transmettre, qu’elle que soit cette personne (professeur.e, ami.e., collègue, supérieur hiérarchique, etc). Cette relation est constituée ou non, d’un équilibre, d’une confiance, d’une estime qui apporteront ou non par exemple, non seulement du crédit à l’enseignement, mais aussi une sécurité affective en la personne qui transmet. Ces éléments créent la qualité de la relation.

Intuitivement, il est assez simple d’être convaincu.e que la qualité de cette relation favorisera ou non la qualité des apprentissages ou encore le plaisir de donner et recevoir un enseignement. Dans les faits en revanche, il est plus compliqué de l’acter afin de favoriser une relation saine.

On pourrait à cet endroit faire une pause pour ouvrir quelques pistes. Nous pourrions par exemple remettre en question l’existence même de la relation ‘enseigné-enseignant’ ou encore plus largement le système lui même qui est fabriqué de telle sorte qu’il ne semble y avoir qu’un sens unique en terme de savoir : l’école est fondée selon la croyance qu’un élève est tel un pot vide à remplir. Le sens unique se traduit donc par l’action d’un enseignant sur un enseigné. Ce système peut sembler de moins en moins approprié si l’on en croit les recherches et observations concernant les apprentissages libres. Consulter aussi cette page « A la recherche de fondements pour une éducation alternative à l’école »

Nous pourrions évoquer également le fait qu’il est regrettable qu’on ne puisse regarder les choses différemment, par exemple, en actant qu’un ‘enseignant’ pourrait devenir un ‘enseigné’ au cours d’une interaction, d’une résolution d’un problème concret, d’un échange philosophique, d’un travail d’intelligence collective, etc… bref, cela serait possible si l’on ouvrait cœur et oreilles à ce que l’enfant, dépassant le stade d’objet, soit considéré comme un sujet, pensant et agissant sur le monde…

Nous pourrions souligner également l‘importance de développer d’une manière non feinte, systématique et authentique, la pédagogie du projet. De cette manière, l’effectivité du sens de chaque apprentissage pourrait être ancré dans un monde en total bouleversement, qui exige que nous changions radicalement de cap en matière de regard sur l’enfant, sur l’enfance, sur l’école et sur ce grand concept ‘d’éducation’.

Nous pourrions aussi évoquer l’importance d’une formation des enseignant.e.s qui consisterait à prendre conscience, de la compréhension des systèmes de reproduction des inégalités. (1)

La relation entre l’enseigné.e et l’enseignant.e

Ces pistes évoquées, je souhaite me centrer pour l’heure avant tout sur la relation entre l’enseigné.e et l’enseignant.e.

A cause du désir chez l’enseignant.e de faire autorité, bien souvent, il se tisse rapidement entre un élève et un.e enseignant.e, une relation basée soit sur la crainte et la soumission, soit si on regarde cela ‘positivement’, sur le désir de l’élève de convenir, de plaire (ce qui l’écarte de son propre désir quoi qu’il en soit).

Nous disons ‘faire autorité’. L’autorité : Que se cache t-il derrière ce mot qui peut tout à la fois inspirer confiance ou peur ? Inspirer confiance pourrait être défini ainsi :  l’apprenant.e peut s’appuyer sur une personne, chargée d’un savoir ; par la relation à cette personne, il peut cheminer sereinement dans sa propre quête de connaissance. Inspirer la peur pourrait se définir comme traduisant la conscience aiguë que cette personne a sur sa possession non seulement d’un savoir, mais également de sa possession de droits sur l’apprenant.e.  Elle aurait un « pouvoir sur » dont l’élève est dépourvu en retour.

Si la réalité n’est jamais à ce point binaire, partons de ces grandes lignes pour élaborer une réflexion concernant la qualité des relations interpersonnelles. Dans la réalité, toujours plus fine et plus complexe que cette description, on pourra faire des observations dans chaque interaction entre un apprenant.e et une personne qui transmet, et prendre conscience de ce que nous sommes en train de fabriquer dans la relation.

En fait d’autorité, je préfère utiliser le terme d’« autorité personnelle » (concept développé par Jesper Juul, thérapeute familial danois et auteur de plusieurs livres sur l’accompagnement des enfants, destinés au grand public. (2)

L’autorité personnelle : quelle est-elle ?

Elle est définie comme étant le pouvoir que nous avons face à une autre personne, de faire respecter ses limites personnelles. Quelque soit les deux personnes en interaction d’ailleurs (parents-enfant, professuer.e.s-élèves, entre ami.e.s, entre collègues, employeur-employé.e, etc…).. « L’exigence de responsabilité personnelle va dans les deux sens. Pour que les enfants puissent grandir sainement, ils doivent ressentir un souci constant quant à leur intégrité personnelle (besoins et limites), développer une estime de soi saine et un sens aigu de la responsabilité personnelle. Le comportement adulte qui rend cela possible est à tout point de vue différent du comportement de l’adulte exigeant l’obéissance. Non seulement différent, mais également tout à fait nouveau et dont il n’existe historiquement aucune représentation poignante. » Jesper Jull sur son site.

A noter qu’il ne s’agit pas là d’un mode d’emploi mais bien de l’intention que l’on a derrière nos interactions.

Cette compétence qui consiste à poser nos limites personnelles est un pilier d’une relation de qualité. Il s’agit ni d’intimider, ni de culpabiliser, ni de tergiverser en explications interminables, ni de supplier de faire respecter ses limites. Il s’agit bien de poser ses limites à partir des besoins cachés derrière l’enjeu de l’interaction (besoin de calme, de considération, de liberté, de choisir, de reconnaissance, de concentration, d’accomplissement, de confiance, de sécurité, etc ). Le tout, sans atteinte à l’intégrité physique ni psychique de la personne en face.

La reconnaissance des besoins d’une personne est le préalable au respect de sa dignité . La déclaration des Droits Humains de 1948 en est l’expression. Les personnes sont égales en terme de droit à la dignité.

Établir que les relations peuvent être fondée sur l’équidignité , c’est reconnaître le principe d’égalité en dignité entre les personnes, et ce, quelque soit leur âge, leur classe sociale, leur niveau culturel, leur place dans la société. Cela supposerait que les rapports de domination soient abolis ou si fortement amoindris, que l’expression de ce pouvoir, de cette autorité personnelle, dans les interactions puisse exister réellement. Utopie assurément à l’heure actuelle. Mais qu’est ce que le moteur du désir « d’éducation » si ce n’est de façonner la tendance d’un monde à venir !

Que les relations interpersonnelles soient fondées sur la reconnaissance mutuelle des besoins et des limites suppose que l’on soit prêt.e à donner le pouvoir aux plus jeunes d’entre nous de « faire autorité ». Il s’agit là d’un changement radical et profond pour le développement de la personnalité. Cela suppose de reconnaître qu’un enfant et un adulte ont des besoins a prendre en compte avec une considération égale. Cela ne signifie pas que les enfants auraient davantage de pouvoir sur l’adulte, et pas non plus que les adultes en auraient davantage de leur coté, mais que l’articulation de la vie collective pourrait être fondée sur la capacité à trouver des issues afin que chaque interactions, chaque conflit (en terme de besoins qui rentrent parfois en contradiction les uns avec les autres) évoluent par l’intermédiaire d’une considération mutuelle équivalente.

« Pour ceux qui ont grandi à une époque où les enfants avaient surtout appris à craindre les adultes, cette audace suscite non seulement de la joie, mais aussi de la frustration. Nombre de professionnels de l’éducation en sont décontenancés, et on voit de plus en plus de jeunes pédagogues jeter l’éponge et s’orienter vers d’autres métiers, en raison du comportement et de l’attitude des enfants. » Jesper Jull. (2)

Quel plaisir, quelle qualité d’apprentissage peut émaner d’une relation profondément déséquilibrée ?

Ce qui enseigne en revanche de manière très efficace à un individu qu’il n’a ni valeur, ni place acquise dans le monde, ni pouvoir sur quoi que ce soit, est de lui retirer à la base le pouvoir d’être reconnu en tant qu’individu avec une valeur intrinsèque, d’être écouté, d’être considérer. Pas avant…qu’il ne soit grand. ‘Il n’y a que le grand pour nous en imposer‘ écrivait J. Korczak…

Camille Pasquier

citoyenne engagée, pratique et propose des outils d’éducation populaire,

maman, conférencière sur les violences éducatives ordinaires

Notes

(1) voir « Les héritiers » et « La reproduction » de P. Bourdieu et J.C. Passeron.

(2) Jesper Jull, psychothérapeute danois. Il a écrit « 5 piliers pour une vie de famille épanouie – Pour des relations apaisées et bienveillantes entre parents et enfants ». Jesper Juul, Marabout (2019) – Son site.

« L’auteur incite alors chaque parent à :

  • laisser les enfants faire les choses par eux-mêmes, tout en les accompagnant ;
  • prendre en compte les aspirations des petits en lieu et place des leurs propres ;
  • oser dire « non » aux enfants sans culpabiliser ni provoquer de nouveaux désaccords ;
  • discerner désirs et besoins pour résoudre efficacement les conflits. »

Jensen & Jesper Juul. De l’obéissance à la responsabilité – Compétence relationnelle en milieu pédagogique. Éditions Fabert (2019) « Si les adultes veulent construire avec les enfants des relations saines et constructives, des relations qui permettent aux petits, aux adolescents comme aux adultes, de s’épanouir pleinement, ils doivent montrer l’exemple et assumer leur rôle de guide, de phare éclaireur, de chef de meute… »

Livres de Jesper Juul aux éditions Hachette – Marabout.

Publié sur la page du site.

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