Reportage

Publié dans Société éducatrice

Dans son souci d’Éducation Populaire, Garembourg- sur- Baïse, Ville « en transition », s’efforce de faire évoluer les attentes des citoyens concernant la fonction de l’école. Elle a réussi à intéresser à son projet un groupe d’enseignants appartenant à divers mouvements pédagogiques. Plusieurs d’entre eux se sont portés volontaires pour investir une école en difficulté, l’école Louise Michel. Certains professeurs du collège Langevin Wallon s’associent à l’opération avec l’espoir d’intéresser le Principal et de constituer un mini collège au sein de l’établissement, afin d’établir une continuité avec le projet démarré dans le primaire.

A cet effet, l’équipe municipale suit étroitement le projet avec la conviction qu’il constitue un levier pour vitaliser la vie citoyenne. Elle participe au Conseil de Suivi et d’Evaluation (CSE) et assure le secrétariat, notamment la tenue du Carnet de Bord. Le dernier compte-rendu de séance, ci-après, lui est apparu comme un témoignage particulièrement utilisable pour alimenter les débats citoyens qui ont lieu plus ou moins périodiquement dans les quartiers et dans certains groupes HLM .

Martin Liber

CONSEIL DE SUIVI ET D’EVALUATION (CSE)

Compte-rendu de la séance du 11 décembre 2020

Ordre du jour :

A/ suivi des actions  AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne)

B/ Jumelage des collégiens avec des élèves de Cotonou

C/ maraîchage de proximité, intérêt et difficultés d’une participation aux travaux des maraîchers.

A/ suivi des actions AMAP

Au cours de cette séance plus longue qu’à l’ordinaire, les enseignants, à la demande des représentants de parents (FCPE), se sont efforcé de décrire très concrètement leur pratique pédagogique.

Les enseignants rapportent tout d’abord les travaux scolaires et extra scolaires portant sur une AMAP desservant des habitants des quartiers desservis par l’école Louise Michel.

Madame Florence Jallieu, professeur des écoles fait l’exposé suivant (résumé par les soins du secrétariat) :

1/ L’ENQUETE

1.1 – des enfants sont chargés d’enquêter auprès des parents adhérents et de la librairie « L’œil Ecoute » (lieu de dépôt des paniers AMAP).

Florence Jallieu présente les mots clés qu’elle a écrits au tableau (électronique) sous la dictée des enfants enquêteurs :

paniers (contenu des paniers)

saisonniers (légumes saisonniers non calibrés, non lavés)

bio , 20Km (qualité : bio, frais, transportés sur 20 km)

4 , hebdomadaire (quantité ; pour 4personnes hebdo)

intermédiaire (la distribution : pas d’intermédiaire, « du producteur au consommateur »)

gracieuse (local mis à disposition : aile de la Librairie)

paiement en nature (nettoyage paiement en nature de l’employé : 2 paniers hebdo gratuits)

contrat ( un contrat décrit les engagements réciproques )

supérieur (coût supérieur à ceux du marché et des grandes surfaces)

1.2 – travail de « rédaction »

  • phase 1 : par équipes de 3 les enfants doivent rédiger un compte-rendu incluant tous les termes figurant au tableau (les fonctions de rédacteur et de frappe sur l’ordinateur, sont tournantes). La consigne est donnée de chercher à comprendre pourquoi l’ordinateur souligne en rouge des mots pouvant être mal orthographiés avant de regarder la proposition du logiciel.
  • phase 2 : les 5 rédactions produites apparaissent sur le Tableau Blanc Electronique. Elles sont lues à haute voix par les auteurs (Florence Jallieu précise les indications qu’elle donne aux enfants pour le passage de la lecture silencieuse à la lecture orale de communication)
  • phase 3 : nettoyage orthographique définitif. Les mots fautifs sont soulignés par la maîtresse. Les enfants ou s’il le faut la maîtresse donnent l’explication nécessaire. La maîtresse indique qu’il faudra connaître telle ou telle règle (par exemple elle signale qu’il faudra faire un travail systématique sur er et é. Elle évoque l’usage du logiciel ORTHO au cours de la période consacrée aux exercices.
  • phase 4 : synthèse des textes (comparaison des phrases rédigées et choix des plus précises). Le lendemain la maîtresse présente, en parallèle, le texte adopté collectivement et le texte qu’elle a « réécrit » avec les mêmes matériaux en restant au plus près du texte initial. Les enfants sont invités à comprendre le pourquoi des modifications (sur la forme), occasion d’un travail sur la syntaxe. Ils peuvent contester les modifications qui dénaturent leur point de vue.
  • phase 5 : travail sur la mise en page (usage du traitement de texte) pour le journal titré  NOUS ON PENSE QUE… distribué à tous les « coéducateurs » (dont les parents) mais aussi vendu au prix du papier chez le marchand de journaux du quartier.

2/ L’ENQUETE CHEZ LE PRODUCTEUR

2.1) le travail préalable : établissement des questions (par les enfants) :

combien de clients ? – pourquoi « bio » ? – comment composez-vous les paniers pour assurer la variété ? – combien de travailleurs ? – comment sont-ils payés ? – qui commande ?

2.2) le travail sur la langue (écrite et orale).

Travail « fonctionnel » car il s’agit d’une production (article pour le journal), qui doit réellement informer les adultes, voire transformer leurs conceptions, provoquer leurs réactions.

2.3) Un parent accompagnateur précise le déroulement du voyage et de la visite.

Il constate que l’excitation qui régnait au début de l’année lors des voyages a pratiquement disparu. Selon lui, les enfants constatent qu’il ne s’agit pas d’une parenthèse dans la vie scolaire, mais d’un temps nécessaire dans la réalisation du projet.

2.4)  L’enseignante présente l’information recueillie et les sujets débattus :

  • « clients coopératifs » il y en a 121 –Questions : et les autres habitants ? ils sont obligés d’aller à FRANPRIX ?

Prolongement : il faudrait comparer les prix ! (une équipe en sera chargée)

  • « légumes de saison » à partir d’une remarque : « moi j’ai mangé des fraises hier soir, eux, les AMAP, ils mettent seulement des pommes ! » discussion sur le prix (à comparer) le lieu de production (Almeria) et donc les km de camion, le CO2 émis.

Prolongement : on décide d’étudier la carte d’Espagne, de s’informer sur le lieu de production, les méthodes bio ? pas bio ? signification, conséquences

  • « les travailleurs » et « qui commande » : « ils sont 5 avec le patron mais ils disent qu’ils sont dans une… SCOOP » (on décide d’en reparler un autre jour), «  ils ont l’air « joyeux, rigolos ! ».

Un enfant a vu un reportage sur la 7 qui montre les conditions de travail des ouvriers d’Alméria en Espagne. Les autres enfants expriment leur indignation (« des esclaves » ! ils évoquent les ancêtres d’Angela).

Prolongement : on décide qu’on fera des comparaisons entre les situations…

3/ LES PROLONGEMENTS PREVUS ET IMPREVUS

Outre la rédaction d’un dossier pour le journal de l’école «  NOUS, ON PENSE QUE… »

3.1)

Il a été décidé d’aller questionner les marchands de légumes et le directeur de PETIPRIX sur l’origine, la qualité, le prix de leurs produits, leur empreinte écologique, lieu de production, et leur opinion sur les AMAP. Les réponses feront partie du dossier.

3.2)

Une enquête dans les familles est prévue : « Et vous, aimeriez-vous être clients d’une AMAP ? »

3.3)

Une proposition d’affiche expliquant « la vie d’esclaves de ceux qui cultivent les fraises pour la coller sur les murs de PETIPRIX » est discutée. !

Florence Jallieu a dû préciser que c’est là une action de citoyens adultes… mais que le conseil d’école cherchera ce que les enfants peuvent faire ou ne pas faire à ce sujet.

Une fille (de militants ?) insiste et estime «  qu’on pourrait au moins faire des affichettes »  dont elle propose le contenu « manger moins, mais manger mieux pour pas plus cher ». En même temps elle remarque qu’elle « déteste les topinambours » qui font partie du panier AMAP en ce moment ! La maîtresse lui a demandé si le texte de l’affichette est le produit de sa réflexion ou de ce que disent les parents. Réponse « les deux »

3.4)

Autre imprévu : des enfants disent que «  les repas de SODECO sont dégueulasses » et demandent qu’on interpelle les services municipaux pour qu’ils travaillent avec les AMAP .

L’idée est notée et sera proposée à un prochain conseil d’école.

4/ QUESTIONS DU CONSEIL DE SUIVI ET D’EVALUATION ET REPONSES

  • des parents :

«  je vois assez bien tout l’intérêt pour la langue orale et écrite, mais pour les math, ça se réduit à du calcul . Avez-vous par ailleurs un atelier mathématique ? » (oui)

« n’entraînez-vous pas les enfants dans des sujets politiques ? » (non : Florence Jallieu renvoie à sa réponse à propos des esclaves d ’Alméria, et souligne que le projet se préoccupe néanmoins de former des citoyens critiques et actifs)

  • l’élu à l’Education :«  vous allez me créer des difficultés avec les services restauration, mais je vous appuierai : mon fils utilise le même mot que les enfants de cette école pour parler des repas »
  • un collègue de Françoise Jallieu : « il faut jongler avec le temps pour mener de pair projet, production, et les temps de systématisation (exercices, mémorisation des règles, etc.).On s’interroge sur la séparation adoptée du temps de systématisation (trois semaines de production – une semaine entièrement consacrée à la systématisation car il faut auparavant surtout avec les plus jeunes, qu’on amène les enfants à prendre conscience de cette nécessité pour qu’ils en comprennent les contraintes… »
  • Françoise Jallieu reprend la parole pour préciser que « dans notre école, on entend donner du sens aux apprentissages scolaires et l’on cherche à  instituer le citoyen autrement qu’en enseignant un catéchisme « républicain ».

Le président de séance conclut sur ce premier point de l’ordre du jour :

« Je remercie Madame Jallieu qui a permis aux parents, et à moi-même, de mieux comprendre cette démarche pédagogique, bien éloignée, il faut le reconnaître, de celle que nous avons connue en tant qu’élèves. L’idée d’ouverture de l’école apparaît maintenant plus précise, plus concrète, ainsi que l’objectif maîtrise des langages.

Il conviendra de consacrer une prochaine séance de notre Conseil de suivi et d’évaluation au dispositif d’évaluation en cours d’élaboration au plan national.. D’après mes informations une rencontre entre différentes recherches-action et l’Institut de la Recherche portant sur le thème de l’ouverture doit avoir lieu au cours du pont de la Pentecôte. Je pense pouvoir y participer en tant qu’élu et j’aimerais être accompagné par un des parents membre de notre Conseil.

Il faudra évidemment faire part de ce compte-rendu à nos amis des AMAP.

Nous pouvons maintenant passer au deuxième point de l’ordre du jour… » (…)

2 réflexions au sujet de « Reportage »

  1. Merci Martin pour ce témoignage particulièrement stimulant. Tout y est : les élèves considérés comme citoyens de leur commune, le lien établi avec leur-s activités et les apprentissages scolaires (ici langagiers, surtout), l’implication des familles considérées comme des éducateurs et non pas comme des répétiteurs cornaqués par les enseignants.

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