Déclaration du Comité Mondial pour les apprentissages tout au long de la vie (CMAtlv)

Publié dans Savoirs émancipateurs

UNE ONG PARTENAIRE OFFICIELLE DE L’UNESCO fait une déclaration qui permet à Pierre Frackowiak d’apporter une première contribution au chantier « EDUCATION , AN 01 ».  Il s’agit du Comité Mondial pour les apprentissages tout au long de la vie  ((CMAtlv)) qui affirme à la Commission Internationale UNESCO « Les futurs de l’Education », après avoir analysé avec ses partenaires les effets de la crise du COVID jusqu’à ce jour, que toute personne au monde, quels que soient son âge, ses conditions de vie, son genre, son lieu de vie, doit pouvoir avoir accès aux apprentissages nécessaires pour son insertion dans la société humaine, son développement, son épanouissement, et donc que tous les états et décideurs doivent considérer ce droit comme une priorité, et octroyer tous les moyens possibles pour y parvenir.

Il précise que :

  1. ces apprentissages portent autant sur des savoirs de base comme lire, écrire, compter, utiliser les outils numériques… que sur des savoirs « soft » tels que apprendre à apprendre, à vivre en société, à penser par soi-même, à prendre soin de soi, des autres et de la planète ;
  2. c’est dès le plus jeune âge que ces apprentissages doivent être inculqués, dans un système d’éducation qui concerne, implique, transforme aussi bien les enseignants que les parents et toute la société ;
  3. que les enseignants doivent être formés et accompagnés de manière à pouvoir utiliser au mieux les outils technologiques, concevoir de nouvelles ingénieries pédagogiques hybrides, établir des rapports différents avec les apprenants ainsi qu’avec les adultes (parents, collègues…).

Concernant les « 9 idées pour l’action publique », le CMAtlv insiste sur les propositions suivantes, en suggérant quelques précisions (en gras) :

  • S’engager à renforcer l’éducation en tant que bien commun.
  • Élargir la définition du droit à l’éducation afin qu’il tienne compte de l’importance de la connectivité et de l’accès aux connaissances et à l’information.
  • Valoriser la profession enseignante, l’aider à se transformer, favoriser la collaboration entre les enseignants.
  • Promouvoir la participation et les droits des élèves, des jeunes et des enfants et veiller à ce que l’égalité des filles et garçons devienne une réalité.
  • Inclure l’alphabétisation scientifique dans les programmes d’enseignement des enseignants comme des élèves.
  • Protéger les financements nationaux et internationaux de l’éducation publique.
  • Promouvoir la solidarité mondiale pour mettre fin aux niveaux actuels des inégalités… une solidarité mondiale redynamisée axée sur l’empathie et l’appréciation de notre humanité commune.

Le CMAtlv salue le travail qu’accomplit la Commission Internationale et demeure à sa disposition.


Notes de Pierre Frackowiak

Présentation du CMA tlv. Site internet lire ici.

Créé en 2005 dans le cadre de l’UNESCO par Yves Attou avec un groupe de militants du monde de l’éducation (dont j’étais).

OING partenaire de l’UNESCO, le C M A, Comité Mondial pour les Apprentissages tout au long de la vie sert par ses actions  l’un des objectifs fondamentaux de l’institution spécialisée de l’ONU : il s’agit notamment de l’objectif de développement durable 4 pour la conduite du Programme mondial Education 2030.

« Contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’Homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion ».

Pour l’UNESCO, l’éducation transforme les vies. Pour le C M A , le terme « éducation « est utilisé au sens large. Il inclut toutes les activités conduisant à des apprentissages : celles induites par l’enseignement et la formation encadrés ou non (éducation formelle et non-formelle) et celles aussi induites par les expériences de la vie courante, culturelle et professionnelle (apprentissage informel). Pour les deux organisations, le partage des savoirs entraîne pour chaque individu une plus grande autonomie de pensée et d’action, le développement d’un sens critique favorisant l’enrichissement personnel et la citoyenneté.

Le défi du C M A : que les apprentissages transforment la vie de chacun à chaque étape,  événement, évolution de son parcours, cela à tout âge et en toute situation. Démarche volontaire ou pas , il s’agit de permettre à chacun d’apprendre pour comprendre, s’adapter, s’épanouir et avoir une influence positive sur son environnement.

Le CMA organise des débats, des conférences (Philippe Meirieu a été l’un des premiers invités), des forums internationaux (Paris, Shanghai, Marrakech, Madrid. Voir sur le site internet du CMA)

Commentaires sur la déclaration (les points discutés sont en rouge dans le texte de la déclaration ci-dessus)

Savoirs de base et savoirs soft.

J’attache la plus grande importance à l’inversion des définitions.

Les savoirs dits soft sont ou devraient être les savoirs dits de base. Sinon, ces savoirs (valeurs, finalités, objectifs généraux transversaux) sont toujours relégués au second plan, voire à l’arrière plan, toujours écrasés par les savoirs dits de base. On les évoque au lendemain d’attentats ou de catastrophes, mais on sait bien qu’à part l’heure d’instruction morale et civique, ils ne sont jamais l’objet d’apprentissages pensés, d’engagements collectifs explicites, de projets d’établissement. Quant aux savoirs dits de base, les pédagogues savent qu’ils peuvent prendre du sens et gagner en efficacité quand ils sont enracinés, mis en perspective, mis en relation a-disciplinaire dans les apprentissages des savoirs dits soft. La pression (l’oppression) des savoirs disciplinaires académiques (programmes, progressions, didactique des disciplines, contrôles) dont le choix et la durée de rétention méritent réflexion, est un obstacle majeur à la transformation des systèmes éducatifs. Cette pression n’a cessé de s’aggraver avec le renforcement des corporatismes et l’importance croissante du diplôme… qui ignorent complètement les savoirs dits softs. Pourtant, l’évolution exponentielle des savoirs de l’humanité et la puissance des technologies nouvelles de communication remettent en cause complètement cette habitude séculaire d’ajouter des « couches » nouvelles de savoirs disciplinaires aux anciennes déjà sédimentées, voire fossilisées.

Inculqués. Les savoirs devraient être construits par une démarche active des apprenants dans des situations porteuses de sens, plutôt qu’inculqués.

Rapports avec les adultes. Parents, collègues… certes. Mais aussi éducateurs socioculturels, personnels spécialisés, sportifs, artistes, médias… tous les porteurs de savoirs soucieux de les partager. Le concept de projet éducatif de territoire, rassemblant les acteurs d’une éducation globale, compris dans le projet initial de refondation de l’école en France, est à cet égard un sujet de réflexion fondamentale. L’école n’a pas plus depuis fort longtemps le monopole de la construction des savoirs et des compétences. L’a-t-elle déjà eu réellement ?

Alphabétisation scientifique. Il ne peut s’agir que d’une erreur des rédacteurs de la déclaration. Il est évident que l’on remplacera « alphabétisation » par « éducation scientifique et technique », rendue de plus en plus importante dans notre vie, notamment par rapport aux enjeux écologiques. De plus, on sait que les situations d’apprentissage des sciences et des techniques peuvent être de meilleurs supports pour les apprentissages dits de base (lire, écrire, parler, compter.. ) que les situations inventées spécifiquement dans les disciplines scolaires.

Evidemment, tout cela mérite débat…

Le dernier livre de Philippe Meirieu, « Ce que l’école peut encore pour la démocratie » (Editions Autrement août 2020), comme ceux d’André Giordan, Edgar Morin (« Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur ! »), Michel Serres, etc, qui transcendent le champ des disciplines scolaires cloisonnées, sont, entre autres, des outils considérables pour alimenter ce débat sans se disperser.

Le 12/11/2020

Pierre Frackowiak

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