Appel à Manifeste

  • « Le jour du dépassement », c’est la date à laquelle l’humanité aura dépensé l’ensemble des ressources que la Terre peut régénérer en un an. En 2019, c’était le 29 juillet…
  • 30 associations importantes signent une tribune titrée « Plus jamais ça ! Préparons le jour d’après ! » en 2020
  • Greta Thunberg, marches pour le climat – me too – black live matter – Adama Traoré – George Floyd … Pour la jeunesse le jour d’après se prépare aujourd’hui.
  • Les enfants d’aujourd’hui vivront sans aucun doute « le jour d’après » mais ils n’en ont qu’une crainte diffuse. Le système d’enseignement qu’ils subissent n’en a cure. Et pourtant l’éducation n’est mentionnée dans aucun des appels qui s’en préoccupent.

Dans le texte ci-après, «  EDUCATION ET JOUR D’APRES », Raymond Millot, pédagogue, analyse les raisons qui expliquent pourquoi les projets « d’éducation nouvelle » « d’école moderne », de « pédagogie institutionnelle », « d’école ouverte » étant en contradiction avec la fonction de reproduction sociale confiée à l’école, ne pouvaient qu’être tolérés, maintenus dans un état ultra minoritaire, parfois récupérées et dénaturées.

Il invite à prendre conscience que la perspective du « jour d’après » offre l’occasion de passer à l’offensive en faisant valoir en quoi ces projets qui cultivent les savoirs, savoir-être, et savoir-faire individuels et collectifs sont à même, en étant pleinement développés, de cultiver la résilience qui permettra aux futurs citoyens de faire face à un avenir difficile .

A cet effet il propose que toutes les forces, associations, militant-e-s , parents, enseignants, éducateurs, conscients des possibilités qu’offrent ces perspectives, nouvelles et inquiétantes, de rédiger un manifeste. Celui-ci pourrait avoir l’ambition de décrire les objectifs d’un système éducatif public, indépendant des pouvoirs politiques sous une forme à étudier (la médecine pouvant servir de modèle ?) et d’offrir ainsi une nouvelle ambition aux acteurs et de nouvelles perspectives aux parents.

Le site « EDUCATION, BIEN COMMUN ! » a été construit très récemment dans cette perspective. Dans sa première et très courte période de « rodage », il donne la parole à de nombreux pédagogues expérimentés et convaincus de l’importance de ce projet, mais son objectif premier est d’être un lieu d’échanges, ayant pour objet la rédaction d’un manifeste et l’élaboration d’une stratégie partagée visant à le faire connaître et partager (projet imaginable d’une Convention citoyenne sur ce thème).

P.S. La question « le jour d’après concerne-t-il nos enfants ? » est posée dans le livre collectif « Résistons ensemble, pour que renaissent des Jours heureux!» accès gratuit :

« 30 responsables d’organisations syndicales, associatives et environnementales, se sont rassemblée et ont signé une tribune commune titrée : « Plus jamais ça ! Préparons le « jour d’après »,

EDUCATION ET JOUR D’APRES …

« PLUS JAMAIS ÇA ! »

Cette exclamation est née après la boucherie de 14-18. Henri Wallon dira à propos de cette époque :

« Il avait semblé alors que pour assurer au monde un avenir de paix, rien ne pouvait être plus efficace que de développer dans les jeunes générations le respect de la personne humaine par une éducation appropriée. Ainsi pourraient s’épanouir les sentiments de solidarité et de fraternité humaine qui sont aux antipodes de la guerre et de la violence. »

En 1921, la Ligue internationale pour l’éducation nouvelle est créée dans cet esprit.

Y adhèrent Maria Montessori, Roger Cousinet, A.S. Neill , Célestin Freinet. Ces personnalités espéraient sans doute que leurs rêves finiraient par devenir réalité. Indifférente aux rêves, l’école de Jules Ferry continuait de conditionner, formater les enfants.

La lucidité pousse à considérer que nous sommes aujourd’hui dans la même situation qu’en1921. Nous n’avons même plus l’espoir, comme l’a eu longtemps Freinet, d’une Révolution qui opérerait le changement global de paradigme attendu. URSS, Chine, Vietnam, Cuba, autant d’échecs (quelles qu’en soient les raisons), mais aussi hélas, autant d’exemples de formatage éducatif.

Jusqu’à ce jour, nous avons été contraints d’attendre, plus ou moins désabusés, l’arrivée d’un gouvernement progressiste qui partagerait tout ou partie de nos conceptions et encouragerait nos recherches. Désabusés, car l’Histoire montre qu’au cours des quelques et courtes périodes où les forces plus ou moins progressistes se sont trouvées au pouvoir, les  réformes qu’elles ont engagées ne pouvaient qu’aménager un système ayant fonction d’assurer la reproduction sociale. Leur ambition était en ce sens significative : améliorer « l’égalité des chances ». A la fin de ce texte, un aide- mémoire éloquent en résume l’histoire.

LE FAIT NOUVEAU : Un changement global de paradigme

C’est la rapide prise de conscience de la réalité du réchauffement climatique, de l’extinction des espèces et, concernant l’espèce humaine, de l’obligation d’avoir à trouver une alternative permettant d’éviter sa propre extinction et le chaos afférent. Alternative qui ne peut-être qu’un changement global de paradigme au sein duquel, nous pourrions définir la fonction d’un système éducatif réellement émancipateur :

JOUR D’APRES…PREPARER LA RESILIENCE

Dans cette perspective, il s’agit en premier de rassembler celles et ceux qui souhaitent préciser en quoi nos conceptions communes et nos expériences particulières peuvent prétendre préparer cette résilience, en termes de savoirs, savoir- faire, savoir être, d’émancipation, de façon à être en mesure de sensibiliser et informer un large public.

Celui-ci est prêt à admettre que les enfants soient sensibilisés, par l’école, aux problèmes de l’écologie, du développent durable. Il entend néanmoins rester « réaliste », attaché à un système en place depuis 140 ans, dont les vertus sont saluées presqu’unanimement, où les uns peuvent avoir une petite « chance » de gravir un, voire plusieurs échelons de l’échelle sociale et les autres la certitude d’arriver aux plus hauts.

PREALABLE

Déboulonner la statue de Jules Ferry, constitue donc un préalable car elle trône non seulement dans l’esprit du public, des partis « de gauche », des associations de parents, mais aussi dans celui des enseignants, de leurs syndicats… Opération difficile : on se souvient du scandale provoqué par Bourdieu et Passeron quand ils ont démontré comment le système reproduit l’ordre social ! Le travail entrepris par Jean Foucambert en 1987 (« L’école de Jules Ferry ») par Grégory Chambat en 2015 (« Pédagogie et Révolution ») ne pouvait toucher qu’un public restreint. L’historien Claude Lelièvre, moins radical mais plus reconnu, souligne que Jules Ferry, (le 20 novembre 1992) considère que l’instituteur, exerçant « l’apostolat de la science », a pour devoir de récuser « la plus égalitaire des révolutions, cette utopie criminelle et rétrograde qu’ils appellent la guerre des classes ».

Celles et ceux qui s’interrogent, voire qui doutent, que l’école de Jules Ferry ait eu pour mission politique de formater les esprits, trouveront quelques extraits de discours significatifs en annexe. Il sera possible de constater que cette volonté politique de formatage a porté fruit et dure encore. En 2017, la réhabilitation du Récit national a été un thème de campagne de François Fillon ! Les races inférieures …On n’ose plus le dire mais on le pense souvent. Le colonialisme. La guerre d’Algérie a duré de 1954 à 1962, tolérée par la majorité des Français et souvent approuvée. « La grandeur du pays et l’honneur du drapeau » … Chevènement, Macron, l’armée et la police, bien sûr. Dans les meetings, les stades.

Constater encore que les classes, les programmes, les progressions, les notes, les évaluations systématiques, les examens, la sélection, l’hypocrisie (égalité des chances), le détournement des mots (éducation, émancipation), que tout l’arsenal de Jules Ferry est toujours présent et a joué un rôle important dans la construction de l’individualisme facteur majeur de la reproduction sociale.

Ce déboulonnage est sans doute indispensable. Il faut attaquer le mammouth de toutes parts, mais les références historiques ne sont pas spécialement mobilisatrices. Il est plus important de sortir de notre état de résistant.e.s minoritaires et résigné.e.s. La nouvelle situation planétaire nous donne des raisons de :

PASSER A L’OFFENSIVE

Nous nous plaçons toutes et tous du côté de l’enfant, de l’adolescent, dans nos pratiques quotidiennes. C’est pourquoi nous avons le devoir d’alerter le public, d’appeler les professionnels à prendre conscience que ce sont les enfants d’aujourd’hui qui vont devoir affronter les difficultés plus ou moins prévisibles mais nombreuses que l’avenir leur prépare du fait de notre irresponsabilité collective (les premiers avertissements des scientifiques datent de 1971 !).

Il nous faut affirmer qu’un système qui prépare à entrer dans le monde de la consommation et de la compétition, qui engendre l’exclusion des uns et les privilèges des autres est objectivement périmé. Que l’avenir qui se dessine pour les enfants exige qu’on cultive les qualités de coopération, qu’on développe les savoirs indispensable, qu’on rende possible l’expression des potentiels individuels dans leur diversité, pour construire leur capacité de résilience. Il nous faut montrer en quoi l’expérience accumulée dans nos mouvements correspond à ces objectifs.

PREMIER ACTE : MANIFESTE

A cet effet, nous invitons tous les mouvements pédagogiques et d’éducation populaire, tous les groupes concernés par l’éducation, l’aide psychologique, à élaborer un manifeste, comme ont su le faire les 30 organisations mentionnées, destiné à interpeller les professionnels, leurs syndicats, les associations de parents, les partis etc.

Il est indispensable pour introduire le thème éducation dans la liste des objectifs cités dans les différents appels concernant le « jour d’après ». Un tel manifeste nous permettra de sortir du ghetto minoritaire, de faire comprendre l’importance de notre contribution.

DEUXIEME ACTE : ORGANISATION DE LA PERIODE DE TRANSITION

La période de transition risque de durer encore quelques années, avec des avancées (la COP 21…Greta Thunberg et la mobilisation de la jeunesse mondiale) des faits imprévisibles (le coronavirus) des régressions (la montée de l’extrême droite). Elle donne du temps pour imaginer l’avenir.

Ainsi, la publication du manifeste devra être le premier acte d’une large concertation pouvant aboutir à un PLAN comme celui de Langevin Wallon durant la Résistance. La notion de résilience, au centre du Plan, devra être envisagée sous tous ses aspects (éducation émancipatrice, développement des potentiels individuels et collectifs dans tous les domaines scientifiques, manuels et techniques, psychologiques, artistiques et culturels). Elle devra donner naissance et soutenir des expérimentations, voire des actions de résistance, de désobéissance civique, individuelles et collectives, en en popularisant l’objectif. Expérimentations permettant d’approfondir les notions de « Société éducatrice » et «éducation, bien commun » et ainsi construire l’alternative au systèmes éducatif édifié par le pouvoir politique et consacré par nature à la reproduction sociale des bases du régime en place.

Raymond Millot (EDUCATION, BIEN COMMUN) – 05 06 20

ANNEXE 1- AIDE-MEMOIRE DES REFORMES :
  • de 1936 à 1938 sous le Front Populaire : Jean Zay, projet de réforme « un des plus élaborés jamais conçus et un des plus démocratiques pour l’époque torpillé par la commission de l’enseignement de la Chambre des députés », création des CEMEA
  • de 1944 à 1947 lente mise en œuvre du Plan Langevin-Wallon (mention spéciale pour l’expérience des « classes nouvelles » qui ont fonctionné 6 ans et concerné 18 000 élèves)
  • 1968 pas de gouvernement progressiste mais le souffle de mai se fait sentir dans le système et Edgar Faure n’y fait pas opposition. La droite dure parlera de « chienlit ».
  • 1981 à 1984 avec Alain Savary, beaucoup aurait été possible si l’esprit de mai s’était structuré, avait formulé un projet audacieux. Des initiatives individuelles ont permis l’ouverture du Lycée autogéré de Paris, du lycée expérimental de St-Nazaire.
  • En 1985 Jean-Pierre Chevènement « siffle la fin de la récré » : « On a détruit l’école de l’intérieur », « La France a laissé tomber en lambeaux son Récit National ». Il rétablit l’instruction Civique. L’école de Jules Ferry reprend la main.
  • 1997 à 2002 : «Conduire d’ici à dix ans l’ensemble d’une classe d’âge au minimum au niveau du CAP ou du BEP et 80 % au niveau du baccalauréat». Ségolène Royal, de passage à Grenoble est informée de la situation de la Villeneuve (école et collège ouverts, Société éducatrice). Comme tous ses prédécesseurs « progressistes », elle ne considère que ce qui peut être immédiatement réalisable afin de laisser sa marque.
  • 2012 à 2017 : Vincent Peillon avait pourtant analysé lucidement le système : « L’Éducation Nationale fonctionne comme « une machine à trier. […] À cet effet, on y « survalorise certaines compétences » et «l’abstraction y est la seule excellence véritablement reconnue », « la production de l’échec (résulte de l’) institutionnalisation de la compétition et de la souffrance de beaucoup de nos enfants, sans améliorer leurs performances. ». Il n’avait pas mesuré la force d’inertie du système et n’était porté par aucun mouvement populaire, aucune alliance avec le corps enseignant. Ayant pris connaissance de la brochure «Ecole ouverte-Recherche-action-Société Educatrice » il a fait savoir aux équipes de la Villeneuve de Grenoble alors épuisées par le harcèlement administratif, « Vous avez 30 ans d’avance » !
ANNEXE 2 : EXTRAITS DU DISCOURS DE JULES FERRY

31 mai 1883 : « Nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique ou la neutralité politique ».

  • Le patriotisme y est présenté comme une valeur essentielle de la IIIe République. : il faut glorifier « l’armée française qu’il faut redresser et réhabiliter auprès de la population » et notamment « Faire passer avant toute chose la grandeur du pays et l’honneur du drapeau».
  • Le racisme  «il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ».
  • Le colonialisme (28 juillet1985) « On peut rattacher le système [d’expansion coloniale] à trois ordres d’idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation… à des idées d’ordre politique et patriotique. Ce qui manque à notre grande industrie… ce qui lui manque le plus, ce sont les débouchés… La concurrence, la loi de l’offre et de la demande, la liberté des échanges, l’influence des spéculations, tout cela rayonne dans un cercle qui s’étend jusqu’aux extrémités du monde… Or, ce programme est intimement lié à la politique coloniale… Il faut chercher des débouchés. » 
  • Le Récit National, son édification confiée à Ernest Lavisse en 1885. : « Tu dois aimer la France, parce que la Nature l’a faite belle et parce que l’Histoire l’a faite grande. ». Ses manuels ont dispensé jusque dans les années 1950, les récits de conquêtes, d’épopées et de personnalités : Vercingétorix, Charlemagne, Jeanne d’Arc, Napoléon

Une réflexion au sujet de « Appel à Manifeste »

  1. Bonjour
    Alerté par des amis, je consulte votre site et constate que nous interrogeons les mêmes pseudo-vérités et partageons les mêmes valeurs. Pourquoi ne pas se rencontrer. Je vous transmets le lien du site qui donne sur le manifeste « Éducation-Égalité-Émancipation. Nos utopies pour aujourd’hui » qui participe à la bataille que vous menez.
    Le Groupe du Lyonnais du GFEN
    13 av Marcel Paul 69200 VENISSIEUX

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