L’éducation à la citoyenneté

L’éducation à la citoyenneté ne se confond pas avec l’instruction civique et la morale laïque. Si on veut bien admettre que c’est en forgeant qu’on devient forgeron, on ne peut pas envisager une éducation à la citoyenneté sans une expérience ayant quelque chose à voir avec la citoyenneté.

L’éducation à la citoyenneté est une expérience à vivre au quotidien, en famille, à la crèche, dans les établissements scolaires, dans les lieux d’éducation populaire culturels et sportifs sous la forme d’un exercice concret de la citoyenneté.

Un citoyen est un individu à qui on accorde considération et respect

Le statut de citoyen ne va pas de soi, il peut être accordé ou refusé. Dans l’antiquité, il y avait les citoyens et les autres. Aujourd’hui, selon qu’ils appartiennent ou non à la communauté européenne, les étrangers sont électeurs et éligibles dans les affaires de la commune où ils vivent ou non… (tous citoyens mais certains plus que d’autres quand même).

C’est une forme de considération. Pour éduquer un jeune à la citoyenneté, il faut d’abord le prendre en considération et lui témoigner du respect.

Respecter un enfant ou un adolescent, cela veut dire lui donner droit à la parole, le laisser exprimer des préférences, l’autoriser à faire des choix, écouter son avis et le cas échéant le prendre en compte.

Dans cette perspective, connaître les goûts, les aversions, les talents, les fragilités, d’un enfant ou d’un adolescent ce n’est pas lui accorder un traitement de faveur, c’est simplement le prendre comme il est.

Un citoyen respecte des règles

Si l’on fait partie d’un groupe, on ne peut pas tout se permettre. Sur ce principe, ce n’est pas trop difficile de s’accorder. C’est pour la mise en œuvre de ce principe que les choses se compliquent. Pour ma part, quand j’apprends que dans certains collèges, on accueille « les petits 6ièmes » avec une liste d’interdits et d’obligations qui ne saurait souffrir aucun retard, je suis quelque peu déconcertée.

Pour l’éducateur, faire respecter les règles signifie d’abord respecter ses propres engagements par rapport au groupe (tenir parole), mais aussi informer (on va faire ceci et cela … très important pour que les enfants et les jeunes puissent se projeter), savoir formuler des attentes, et faire respecter les engagements pris.

Notons qu’il n’est pas anormal que les règles aient besoin d’être rappelées, qu’elles peuvent être discutées et éventuellement aménagées et que dans certaines circonstances, on peut les enfreindre. Le mieux est sans doute que lorsqu’on enfreint une règle, cela soit dit et bien signalé comme tel.

Pouvoir se référer à une règle est une garantie contre l’arbitraire. Assez souvent, ce n’est pas possible pour la simple raison que les règles sont implicites. A l’école primaire, je trouve intéressant qu’elles soient affichées.

Enfin, il faut noter que les attentes et exigences des adultes peuvent être différentes les unes des autres. Ce n’est pas illégitime mais une des données du travail en équipe pourrait être de réfléchir à la question de savoir quel est le dénominateur commun (le minimum auquel il n’est pas possible de déroger).

Un citoyen contribue au fonctionnement du groupe

Les citoyens sont aussi des «contribuables» qui, par leurs «contributions» (leurs impôts), « contribuent » à la vie de la cité. Du scoutisme à l’éducation nouvelle en passant par les mouvements d’éducation populaire, tous les pédagogues qui se réclament de l’éducation à la citoyenneté, mettent en avant le partage des responsabilités : une forme de contribution au bon fonctionnement du groupe.

En participant à la vie d’un groupe, en s’associant à son organisation, on ne s’acquitte pas seulement d’un devoir envers la collectivité, on comprend son fonctionnement. On peut, par exemple appréhender l’organisation de son école, savoir se déplacer dans le quartier, connaître les ressources de sa commune, (gymnase, bibliothèque, aires de jeu), au collège, savoir à qui s’adresser en cas de difficulté. Autant de petites choses qui, mine de rien, peuvent faire toute la différence entre une éducation qui aide à prendre sa place dans la société et une qui ne le fait pas.

Au delà de ça, en participant aux choix d’un groupe, en prenant des responsabilités, en participant à l’élaboration et à la mise en œuvre des règles de vie collectives, à tout âge de la vie, on grandit et on prend du pouvoir sur sa vie.

Un citoyen s’engage dans des projets partagés

Pour un adulte, la participation à la vie associative, est considérée comme une forme accomplie de la citoyenneté. « Agir ensemble » ce n’est pas faire la même chose dans le même lieu.

S’investir dans des projets partagés, contribuer à son niveau à leur succès, c’est une forme de l’exercice de la citoyenneté dont tous les jeunes devraient avoir l’expérience dans leur vie de tous les jours et pas seulement dans des circonstances exceptionnelles. Concrètement, ce peut être contribuer à une fête de famille, faire aboutir un projet de sortie qui vous tient à cœur, organiser un tournoi sportif… Pour une classe, organiser une classe transplantée autogérée … Au collège, s’investir dans l’accueil de collégiens étrangers dans le cadre d’un échange linguistique, présenter son collège lors d’une journée porte ouverte… Autant d’occasions d’avoir prise sur sa vie plutôt que se laisser porter par son flot. A défaut de « changer le monde » c’est du moins contribuer à infléchir le cours des choses.

Réaliser des projets ensemble ça veut dire partager le travail, se parler sans être forcément d’accord, s’entraider, accepter que son point de vue ne soit pas adopté, tout ceci implique des frustrations des renoncements, des disputes. Dans une perspective d’éducation à la citoyenneté, encourager les interactions est incontournable, il n’y a pas moyen de s’initier à la solidarité si les occasions de coopérer sont absentes ou même exceptionnelles. Le choix de la démocratie n’est pas celui de la facilité.

Un citoyen est une personne éclairée

Un citoyen est capable de faire des choix de vie et de société, c’est quelqu’un qui peut se positionner en fonction du bien commun, qui évalue les conséquences de ses choix. Un citoyen ne gobe pas tout ce qu’on lui dit. Il cherche, il vérifie, il compare, il « soupçonne » ce qu’il examine.

Tout ceci suppose de faire marcher sa cervelle en toutes circonstances, d’être capable de s’informer de raisonner, de prévoir, de s’organiser, d’évaluer les conséquences de ses actes et de ses choix. Une façon de faire qui s’exerce dans n’importe quel contexte dans toutes les circonstances de la vie. Il n’y a pas d’une part, le lieu de l’activité intellectuelle et de la discipline (l’école) et d’autre part le divertissement à l’abri de l’effort et des contraintes. En ce cas, on est dans la caricature : l’école, domaine des exercices dépourvus de fonctionnalité, les loisirs, domaine des « activités occupationnelles » et on est bien loin de l’éducation à la citoyenneté.

Pour conclure, l’éducation à la citoyenneté peut tenir à des changements de simple bon sens faciles à mettre en œuvre ou demander des révisions déchirantes : accepter de ne pas tout dominer, partager les décisions, céder une partie de ses pouvoirs, ce n’est pas si facile !

L’éducation à la citoyenneté, c’est le choix de la responsabilité et de l’intégrité pas celui du confort ou de la facilité. Un choix ambitieux s’il en est puisqu’il s’agit de rien moins que réfléchir, penser, produire et goûter la vie ensemble. Un projet passionnant à défaut d’être reposant !

Emmanuele Buffin – AFL Association Française pour la Lecture

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